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Cette rubrique regroupe des let­tres que des par­ents ont réelle­ment envoyé à leur mater­nité, c’est à dire au médecin ou à la sage‐femme présents lors de l’accouchement, avec copie au chef de ser­vice ou au directeur de l’établissement, ou encore à des pro­fes­sion­nels de la péri­na­tal­ité. En l’absence de réponse ou de clar­i­fi­ca­tion accept­able, des relances sont effec­tuées par l’AFAR.

Nous con­seil­lons aux par­ents d’envoyer une copie de leur cour­ri­er à la Commission des rela­tions avec les usagers et de la qual­ité de la prise en charge (CRUQ) de l’établissement con­cerné. Toute récla­ma­tion trans­mise à la CRUQ entraîne en effet la sai­sine de cette com­mis­sion, présidée par le directeur de l’établissement et com­posée de médecins « médi­a­teurs », de représen­tants de l’administration de l’établissement et oblig­a­toire­ment d’un représen­tant d’une asso­ci­a­tion d’usagers agréée.

Voir aus­si l’article (Recovering from a trau­mat­ic birth) par Beverley Lawrence Beech, Présidente de l’AIMS traduit en français:  Se rétablir après un accouche­ment trau­ma­ti­sant (le lien s’ouvre dans une nou­velle fenêtre)

Pourquoi des par­ents, surtout les mères en pra­tique, ont‐ils écrit ain­si très offi­cielle­ment à la mater­nité ? Pas pour les encenser à coup d’images bêti­fi­antes de bon­heur telles que les petites fleurs bleues ou les petits nounours. Pas non plus pour les clouer au pilori sans réfléchir. Ils l’ont fait d’abord parce qu’ils en ont eu besoin. Besoin de dire que telle pra­tique ou tel accom­pa­g­ne­ment était par­ti­c­ulière­ment bons. Besoin de dire au con­traire que quelque chose s’est mal passé, a été mal vécu, a lais­sé des traces en post‐partum. Il ne s’agit pas de se com­plaire dans le bon­heur ou le mal­heur. Le besoin d’écrire de ces par­ents exprime la néces­sité de la recon­nais­sance par autrui de leur vécu, recon­nais­sance indis­pens­able pour repren­dre le cours de la vie, pour tourn­er la page pos­i­tive­ment.

Pourquoi pub­li­er, même en ver­sion anonyme, des let­tres que la plu­part des gens con­sid­èrent a pri­ori comme per­son­nelles ? Car au‐delà de l’histoire per­son­nelle de cha­cun, les témoignages ont sou­vent beau­coup de points com­muns. L’accouchement en France n’est pas une his­toire per­son­nelle. C’est une his­toire à plusieurs per­son­nages qui inter­agis­sent entre eux : le bébé, la mère, le com­pagnon, ou la per­son­ne accom­pa­g­nante; les soignants, médecins, sages‐femmes, infir­miers, puéricul­tri­ces; les cir­con­stances; les machines de sur­veil­lance; et les fonde­ments cul­turels de notre société. Ce qui se passe en post‐partum ne découle pas unique­ment de l’histoire per­son­nelle des par­ents. Il découle aus­si des pré­sup­posés cul­turels non dits qui imposent une cer­taine image de la nais­sance, et des inter­ac­tions humaines ayant eu lieu (ou pas) lors de l’accouchement.

Le but de cette rubrique est donc triple :

  1. Apporter aux par­ents la recon­nais­sance dont ils ont besoin pour leur per­me­t­tre de tourn­er la page.
  2. Briser le mur du silence qui entoure le vécu réel de l’accouchement. Car cha­cun “sait” qu’un accouche­ment s’est tou­jours bien passé par défaut, sauf cat­a­stro­phe. Chacun “sait” que les femmes et leurs com­pagnons oublient les moments dif­fi­ciles dès que le bébé est né. C’est l’une des croy­ances qui entourent la nais­sance. C’est par­faite­ment idiot, per­son­ne n’oublie les moments les plus forts de sa vie.
  3. Permettre à tous, et en par­ti­c­uli­er aux soignants, de pren­dre la mesure de l’impact de cer­taines pra­tiques, et d’en tir­er les con­clu­sions. Non pas d’en déduire de chang­er ces pra­tiques super­fi­cielle­ment, mais de remon­ter aux sources des prob­lèmes, c’est à dire de démon­ter les croy­ances qui induisent ces pra­tiques. Du change­ment des images cul­turelles de la nais­sance découlera automa­tique­ment un change­ment des pra­tiques. Sauf que c’est une pilule beau­coup plus dif­fi­cile à avaler qu’un change­ment super­fi­ciel.

Nous sommes le 20 mars 2007 lorsque j’écrit ces lignes, qui accom­pa­g­nent la toute pre­mière let­tre, celle de Mme D. au Dr. L. de la clin­ique SC. Il n’y a pas de “bon” dans cette let­tre, elle n’en a pas retrou­vé. Pour écrire, elle a du revivre. C’est très dif­fi­cile émo­tion­nelle­ment, c’est un acte de courage et de recon­struc­tion. Comme 95% des femmes français­es, elle a suivi la voie offerte par la société, sans se pos­er de ques­tions. Pourquoi s’en serait‐elle posé puisque la société offre le meilleur ? Elle dit ce qui est habituelle­ment non‐dit, des mal­trai­tances bien plus ordi­naires qu’on ne voudrait le croire dans les salles de tra­vail, sous‐tendues par la croy­ance tout aus­si ordi­naire que les femmes accouchent néces­saire­ment dans la souf­france et la résig­na­tion, don­nant une sorte de droit moral à cer­tains soignants d’effectuer n’importe quelles inter­ven­tions puisque ce ne peut être que dans le but de sauver des vies… Ici la péridu­rale n’est pas faite pour la femme, pas davan­tage pour le bébé, elle est faite pour que les soignants puis­sent inter­venir tran­quille­ment. J’espère que cette let­tre fera boule de neige, que les par­ents diront enfin ce qu’ils ont par­fois à dire, per­me­t­tant de mieux met­tre en lumière l’impact posi­tif ou négatif de cer­taines pra­tiques.

Cécile Loup Présidente de l’AFAR (2007)

Les let­tres sont pub­liées dans la rubrique BLOG de ce site dans la caté­gorie Lettres ouvertes aux mater­nités https://afar.info/category/lettres-ouvertes-aux-maternites


Categories: Droits et devoirs